Lycée Louis Feuillade

Arts plastiques & Cinéma audiovisuel

Lanternes magiques, fantasmagories et jeux d'ombres

La « lanterne magique » ou « lanterne de peur », appareil d'optique, apparaît en 1659 à La Haye, dans le laboratoire de l'astronome hollandais Christiaan Huygens. La lanterne magique permet la projection amplifiée, sur écran, d'images peintes sur verre. Ces images peuvent être fixes ou animées, grâce à des superpositions de verres mobiles. Huygens est l'auteur de la première plaque animée connue, représentant un squelette exécutant divers mouvements, d'après La Danse de mort de Hans Holbein.

Tout, dans la lanterne, de même que les effets qu'elle produit, est « magique » : fumante et percée de lumière, en fer, en bois, surmontée d'une cheminée, pourvue d'un jeu de lentilles, d'un réflecteur parabolique et d'une lampe à pétrole ou à huile, elle sert d'abord à projeter tout un cortège d'images diaboliques, licencieuses, religieuses, politiques ou scientifiques, peintes à la main sur des plaques de verre. Elle permet, pour la première fois, d'agrandir des images transparentes qui n'existaient auparavant – et encore vues de loin – que dans les églises, grâce aux vitraux. Elle projette de petits tableaux peints, souvent animés, aux couleurs translucides, ce qui change radicalement de la peinture sur toile ou sur bois. La laterna magica, fille de l'optique et de la magie, transfère sur l'écran les créations de l'esprit et ouvre la voie à tous les fantasmes, à la féerie, aux futurs trucages cinématographiques de Georges Méliès.

Perfectionnée au fil des ans, la technique des projections lumineuses (optique, éclairage, peinture sur verre, systèmes d'animation) atteint un summum de virtuosité à la fin du XVIIIe siècle avec la fantasmagorie.

Les fantasmagories : des images pour faire peur.

À la fin du XVIIIe siècle, Étienne-Gaspard Robertson réalise des spectacles de lanterne magique à en faire pâlir plus d'un : il projette des images de fantômes, de monstres ou de squelettes sur un écran derrière lequel il cache sa lanterne. Fixée sur un chariot qui roule sur des rails, elle recule ou s'approche de l'écran, ce qui fait que l'image grandit ou rapetisse.
De l'autre côté de l'écran, les spectateurs ont l'impression que le fantôme s'avance dangereusement, ou que les morts s'en vont à tout jamais.

Le procédé avec ses images terrifiantes, fut au coeur d'un roman (1892) captivant de Jules Vernes : "Le Château des Carpathes".

Plus tard, les lanternes-jouet ont servi aux enfants pour se raconter des histoires beaucoup moins traumatisantes !
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La petite histoire de lanternes magiques

Représentation de fantasmagorie au début du XIXe siècle

Représentation de fantasmagorie au début du XIXe siècle

Le Château des Carpathes, le fantôme de la  cantatrice "la Stilla"

Le Château des Carpathes, le fantôme de la cantatrice "la Stilla"

Lanternes magiques contemporaines

Les lanternes magiques inspirent toujours des artistes. Voici quelques exemples de démarches d'artistes qui exploitent l'illustre objet de manière singulière.
Adam Putnam

L'artiste new-yorkais propose des explorations surprenantes et évocatrices de l'expérience de l'espace physique. Ses installations Magic Lantern utilisent une technique théâtrale du XIXe siècle qui consiste à projeter de la lumière à travers des diapositives peintes. En utilisant des ampoules suspendues dans des boîtes translucides, Putnam a projeté des intérieurs architecturaux éthérés sur les murs vides de la galerie, avec des portes et des couloirs sans fin. Les fins dessins au crayon sur papier de Putnam de sculptures abstraites ressemblent à des cathédrales. Alors que l'expérience quotidienne de l'espace est remise en question par les environnements synthétiques du monde en ligne, l'effet cumulatif du travail de Putnam a été de capturer et de remettre en question notre sens désorienté et en mutation de l'espace physique
Raphaël Decoster et Réjean Dorval

The Whale Constellation (2015) est une projection-performance réalisée en collaboration. S’inspirant du principe de la lanterne magique, les créateurs ont élaboré un dispositif de projection leur permettant d’animer et de faire dialoguer en direct leurs dessins respectifs.
Dans sa configuration la plus récente, le dispositif fait intervenir le musicien Théo Kaiser qui improvise là aussi en direct sons et musique.
Pas à pas, toute une imagerie se déploie. Plancton, animaux, planches d’astronomie, paysages des abysses, phénomènes (sur)naturels ou cosmiques se succèdent et se superposent… Du microscopique au télescopique, les projections nous emmènent dans un voyage de sciences poétiques, à l’origine du monde.
Adam Putnam- Magic Lanterns 2011
Adam Putnam - Magic Lanterns 2011

Adam Putnam - Magic Lanterns 2011

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Raphaël Decoster et Réjean Dorval The Whale Constellation (2015)

Résonances et héritages dans l'art contemporain

Que reste-il des lanternes magiques et des fantasmagories ?
Même si ces procédés font partie du "pré-cinéma", les artistes ont perpétué l'usage des objets qui ont succédé aux lanternes magiques. Le simple projecteur de photographies (diapositives) et son descendant actuel le vidéoprojecteur, n'ont en fait jamais quitté la palette des outils des artistes.

Mais si beaucoup d'artistes qui utilisent des projecteurs d'images, peu d'entre eux font un lien avec les outils d'autrefois.
Cet héritage parfois est revendiqué, allant parfois jusqu'à en faire un élément essentiel de la démarche artistique.

4 exemples :

Boltanski : le théâtre d'ombres

Christian Boltanski travaillait en 1984 sur de grandes photographies encadrées par des petits objets en carton découpé. Vite lassé par ces grandes images il orienta son travail sur ces petites formes en carton : « j’ai recommencé à jouer avec mes petits jouets en carton que j’avais découpés. Ce qui me plaisait c’est que tout tenait dans ma poche. J’ai compris qu’au lieu d’avoir cette lourdeur de l’image et du cadre, je pouvais avoir la même chose en mieux, seulement par les ombres. J’ai donc commencé à projeter sur les murs ces petites figurines qui sont devenues immenses et qui, pour moi, avaient beaucoup plus un côté magique. Je lisais un peu Proust et dans À la recherche du temps perdu, il y a ce passage très beau où il est seul dans sa chambre et avec la lanterne magique, il projette un château sur la poignée d’une porte et une forêt sur les rideaux. J’aimais beaucoup cette idée de l’image immatérielle qui pouvait prendre toutes les formes du mur et disparaître en une seconde. C’est comme ça que j’ai commencé mes Théâtres d’ombres."

Tim Noble et Sue Webster

Ces deux artistes anglais fabriquent des sculptures avec des objets de récupération : morceaux de bois, canettes de soda, ferraille, paquets de cigarettes, animaux empaillés, etc. Leurs assemblages savamment conçus sont éclairés par des projecteurs dans le but de créer des ombres représentant des personnages dans différentes postures.

Kumi Yamashita

Kumi Yamashita est une artiste japonaise installée à New york qui joue dans ses sculptures avec les ombres et les lumières. Elle s’amuse avec les objets et la lumière pour créer des ombres folles, qui deviennent des portraits, des figures ou des personnages, d’un réalisme étonnant. Elle détermine le bon angle : chaque pièce est placée de manière à faire ressortir un contour ou une forme pour créer un tout cohérent.

Anila Quayyum Agha

L'artiste pakistanaise Anila Quayyum Agha met en scène l'architecture d'un lieu (ici le musée d'art de Grand Rapids dans le Michigan) en le remplissant d'un jeu dynamique d'ombre et de lumière. L'œuvre "intersections" comprend un cube en bois de 2,5 mètres de long, découpé au laser, percé de motifs soigneusement élaborés et éclairé de l'intérieur, qui projette de vastes géométries en dentelle sur les murs, le plafond et le sol environnants.
Spectre Lab, Ombres Douces, 2019

Le spectacle "ombres douces" (2019) du collectif Spectre lac (voir "Panoramas") s'apparente visuellement au théâtre des ombres de Boltanski

Christian Boltanski "Le théâtre d

Christian Boltanski "Le théâtre d'ombres" 1984

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Christian Boltanski - Entretien avec l'artiste

Tim Noble et Sue Webster

Kumi Yamashita

Anila Quayyum Agha - intersections - cube en bois de 2,5m de côté - 2014