Lycée Louis Feuillade

Arts plastiques & Cinéma audiovisuel

Art total

William Kentbridge utilise un large éventail de moyens d'expression. Il est difficile de l'identifier à partir d'une pratique spécifique. Il est à la fois sculpteur, cinéaste, photographe, metteur en scène, dessinateur, etc. C'est un exemple caractéristique d'artiste inclassable tellement sa pratique est diversifiée.
Il ne s'agit pas vraiment d'un artiste plus-disciplinaire en alternance, changeant de moyen d'expression d'un projet à l'autre. Cela se produit mais de nombreux projets de l'artiste reposent sur une forte hybridation de pratiques artistiques.
Cette démarche n'est pas exceptionnelle. On retrouve dans toutes les époques de l'histoire de l'art des artistes "touche-à-tout" qui ont suivi au moins pour un projet la voie de l'art total.

Cette volonté d'associer dans une même pratique artistique toutes sorte d'activités disciplinaires était souvent ancrée dans des pensées politiques et philosophiques de justice sociale et d'équité entre les humains. L'art total préfigure pour de nombreux artistes un monde équitable, libre et juste.

Une conséquence de l'art total, est la remise en cause de la hiérarchie entre les arts. Cela est toujours actuel. Si des artistes s'affirment toujours comme peintres, sculpteurs, performers, graphistes, photographes, designer, etc. d'autres imposent qu'on parle d'eux comme des "plasticiens", des artistes "multi ou pluri médias ou disciplinaires", etc.
La multiplication des nouveaux matériaux, et l'essor des outils électroniques et numériques, ont élargi les ressources et le compétences des artistes et favorisé ainsi l'hybridation dans l'art.

L'art total est autant une aventure personnelle qu'une ambition créative collective. Beaucoup d'artistes comme William Kentbridge maîtrisent l'usage de nombreux outils et techniques, leur permettant d'avoir une création diversifiée dans toutes sortes de domaines. Mais l'art total est aussi la finalité de courants ou styles qui fédèrent des artistes plus ou moins polyvalents dans les pratiques artistiques, les métiers, etc.
Richard Wagner
La notion de totalité à fasciné le XIXe siècle de façon insistante, et Richard Wagner (1813-1883) a voulu lui donner consistance et réalité dans ses opéras et dans ses ouvrages critiques consacrés à l’élaboration et à La défense de sa théorie « l’oeuvre d’art total » ou Gesamtkunstwerk. Sa démarche était en phase avec les grands courants utopiques et révolutionnaires de l’époque, et à eu des répercussions vivaces sur l’histoire des arts du spectacle en occident. La réflexion wagnérienne déplaçait les frontières des arts et jetait entre eux de nouveaux ponts et comme une nouvelle fraternité.

Wagner est un musicien et plus précisément un créateur d'opéras. Sa vision de l'oeuvre totale concernait la collaboration entre 3 arts majeurs soit, la danse, le chant et la poésie, en gardant une égalité de traitement entre les arts. Il nommait cela, la "ronde des arts". Il voyait dans cette combinaison des arts, sans suprématie de l'un d'entre eux, un symbole de l'égalité qui doit régner entre les hommes dans une société libérée de l'injustice et de l'exploitation.
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La chevauchée des Walkyries - Wagner 1856

Art Nouveau et Art Déco
La fin du XIX et les premières décennies du XX ont été animées par des artistes et des courants délibérément ancrés dans la volonté d'unir tous les arts en défiant leur hiérarchisation. Une tasse à thé peinte vaut bien une nature morte. La conception classique de l'art destiné à l'esprit, à la contemplation, est dépassée par une approche de l'art plus large qui semble redescendre sur terre en s'interessant à l'utilitaire, à l'objet accessible par tous qui porte aussi les mêmes attraits esthétiques. La volonté de s'émanciper des genres et des classifications fait écho aux idées nouvelles du début du XX. L'art nouveau est un exemple.

L’Art nouveau est né à la fin du XIXe siècle, et qui s’éteint progressivement dans les premières années du XXe siècle. L’art nouveau réintroduit la nature dans le monde industriel. À la dureté angulaire des machines en métal, aux lignes droites sans surprise, à la monochromie, les artistes de l’art nouveau préfèrent les courbes, les ondes, les arabesques, la polychromie, les sinuosités, l’asymétrie, les lignes longues. Ils utilisent comme motifs des animaux, des oiseaux ou des insectes, des figures mythologiques, notamment des dragons, des plantes, des feuilles, et même des motifs orientaux, comme les feuilles de palmier ou le papyrus. L’art nouveau refuse les distinctions entre arts majeurs (en l’occurence, l’architecture, la sculpture, la peinture, etc.) et les arts mineurs (les arts décoratifs). On cherche un art total, réunissant art et artisanat, qui touche tout autant la peinture, l’architecture, que la céramique, le mobilier ou la joaillerie. Contre l’académisme, l’art nouveau veut habiter tous les objets. L’art nouveau est un courant artistique international. Il naît du mouvement Arts&Crafts, dont la figure centrale est le britannique William Morris (1834 – 1896), qui prône, dans les années 1860, un retour à la nature, aux ondulations, à la délicatesse, défend l’artisanat contre la production industrielle, et remet au goût du jour la tapisserie.

«L’espoir d’un avenir heureux et égalitaire est derrière ces nouvelles œuvres décoratives (…). Les artistes ne sont peut-être que des visionnaires mais les sociologues soutiennent ces prophéties de manière scientifiques» déclarait Henri Van de Velde, lui même peintre, architecte et décorateur.

Art nouveau
Oeuvres de Hector Guimard (1867 – 1942)

Art nouveau
La villa de Louis Majorelle à Nancy 1901

L’Art déco apparaît après la Première Guerre mondiale.Il tient son nom de l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de Paris en 1925. Il devient, en France, un style national, voire officiel, qui guide la conception des bâtiments de la République. L’Art déco est, après les fantaisies de l’Art nouveau, un retour à l’épure, à l’ordre, à la raison, à la géométrie et à la symétrie. Il célèbre, contrairement à l’Art nouveau, le progrès, la technologie, mais aussi la mondialisation à travers l’exotisme. L’Art déco est un style qui accepte l’âge moderne et l’industrialisation. Il est en effet inspiré par les objets produits par des machines et utilise des matériaux modernes comme l’acier inoxydable, l’aluminium, le verre plat et le plastique. Tout comme l’Art nouveau, l’Art déco transcende les distinctions entre les arts. Il touche tout aussi bien les arts décoratifs que l’architecture, les transports, le vêtement, la typographie, la tapisserie, etc. C’est en outre, tout comme son aîné, un courant artistique international, dont la production a été considérable.

Au cinéma, on retrouve de nombreux décors "art déco". La collaboration avec des artistes au style art-déco donne aux oeuvres une modernité remarquable. Pour réaliser en 1923 "L'inhumaine", Marcel L'Herbier fera appel à l'architecte-décorateur Robert Mallet-Stevens.

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Art déco
L'INHUMAINE film de Marcel L'Herbier (1923)
Décors de l'architecte Robert Mallet-Stevens

Art déco - architecture, cinéma, peinture, sculpture, décoration, mobilier, etc.

Parmi les nombreux exemples, il y a l'Aubette de Strasbourg que nous allons bientôt traiter en cours dans le cadre du 3ème volet du programme limitatif.

Le bauhaus

Le Bauhaus (1919-1933) est une école créée en Allemagne au lendemain de la Première Guerre mondiale, par Henry van de Velde, peintre, architecte et décorateur belge et Walter Gropius, architecte et designer allemand.

En allemand, « Bau » signifie bâtiment, construction et « Haus », maison. Le Bauhaus, c’est donc la maison du bâtir, mais c’est surtout une école complètement atypique qui rêve de réformer l’enseignement pour mettre en œuvre des idées révolutionnaires. Premier directeur de l’école, Gropius rédige en 1919 un manifeste du Bauhaus dans lequel il écrit :
  • “Le but final de toute activité plastique est la construction ! […] Architectes, sculpteurs, peintres ; nous devons tous revenir au travail artisanal, parce qu’il n’y a pas d’art professionnel. Il n’existe aucune différence essentielle entre l’artiste et l’artisan. […] Voulons, concevons et créons ensemble la nouvelle construction de l’avenir, qui embrassera tout en une seule forme : architecture, art plastique et peinture […]”.
Si ce rêve d’unir tous les arts n’est pas à proprement parler nouveau et trouve des précédents dans l’histoire, il prend néanmoins, au lendemain de la Première Guerre mondiale, un sens très fort, teinté d’utopie et de la volonté de construire un monde meilleur. Artistes et artisans doivent être les acteurs de ce changement de toute la société et quelques années plus tard, Gropius clarifie encore son objectif : “L’art et la technique, une nouvelle unité”.

Ce programme passe d’abord par l’invention d’une nouvelle pédagogie : l’école est divisée en ateliers qui sont chacun dirigés conjointement par un artiste et par un artisan. Le Bauhaus recrutera les plus grands artistes de leur temps, sans aucune distinction de discipline ou de nationalité. Parmi les “maîtres” qui enseignèrent au Bauhaus, on trouve des architectes et designers, comme Marcel Breuer ou Ludwig Hilberseimer, des peintres, comme Vassilly Kandinsky, Josef Albers, Johannes Itten, Paul Klee, mais aussi des photographes comme László Moholy-Nagy, des typographes et, le plus souvent, des créateurs polymorphes, comme Oskar Schlemmer qui était à la fois peintre, mais aussi scénographe pour le théâtre et pour la danse. La pluridisciplinarité au cœur du projet du Bauhaus se traduit par une ouverture à toutes les disciplines, qui sont traitées sans hiérarchie : arts du métal, du verre, du bois, du textile, mais aussi photographie, danse, etc.
La volonté du Bauhaus est de produire des objets universels, qui transcendent les frontières et les classes sociales. Lieu de débat, le Bauhaus est alors traversé par tous les grands courants avant-gardistes qui animent l’Europe de l’entre-deux guerres. Mais dès 1924, cette ruche artistique est secouée par les affres de l’histoire : le gouvernement social-démocrate de la région de Weimar perd les élections et le Bauhaus, qui voit ses subventions divisées par trois, doit se dissoudre. Les Nazis fermeront définitivement cet espace de liberté.

Et dans l'art d'aujourd'hui ….

Aujourd'hui on parle moins fréquemment d'art total, mais les expressions et les termes contemporains qui s'en approchent sont nombreux : art multimédia, art polymorphe, oeuvre multimodale (utilisé par les musiciens), art pluri-disciplinaire, etc.
Les artistes qui en font le coeur de leur démarche délaissent les classifications traditionnelles (peintre, sculpteur, etc.) et se proclament "artiste plasticien", "artiste multimédia", "performeur pluri-disciplinaire", etc. ou "artiste" tout court !

Le rêve d’une « discipline suprême » qui, dans une œuvre unique additionne les différents champs artistiques n'est pas aujourd'hui oublié. Mais la dimension sociale et politique dans laquelle il se nourrissait n'est plus mis en avant de la même manière. Les utopies sociales et politiques ont fait place chez certains à la contestation sociale et politique, aux causes environnementales et humanitaires.

L'art contemporain aime l'art contemporain. Grâce à ses apparences spectaculaires et ses fonctions immersives il retient l'attention d'un large public pas spécialement concerné au départ par l'art des galeries , des musées et des centres d'art.

De nos jours, les artistes qui investissent un lieu avec leurs oeuvres ont une nouvelle compétence indispensable : celle de scénographier leur art. Impossible de faire dans ce domaine l'inventaire des artistes contemporains qui combinent les moyens d'expression, hybrident les techniques et les métiers, etc.. La liste serait trop longue.
Nous allons en présenter deux aux pratiques différentes : Mattew Barney et Ai Weiwei

Ai Weiwei


Le site dAi Weiwei s'ouvre sur une déclaration " S'exprimer fait partie de l'être humain. Être privé de voix, c'est se faire dire qu'on ne participe pas à la société ; c'est en fin de compte un déni d'humanité."

Ai Weiwei (né en 1957) est un artiste chinois multi-pluri polyvalent dans ses activités artistiques ou non (mais qu'il finit par intégrer dans le champ de l'art). Cette déclaration donne le ton de son oeuvre qui est indissociable des causes humanitaires et des débats politiques planétaires.
Il fait partie de ces artistes en dissidence avec les autorités de leur pays d'origine. Ai Weiwei affronte le régime au pari unique de la Chine en multipliant des oeuvres qui dénoncent la corruption, l'absence de transparence des autorités, la censure, et la privation de libertés.
Pour cela il fait appel à toutes sortes de ressources et d'objets qu'il met en scène, parfois sans à peine les modifier, dans des assemblages hétéroclites et installations de grandes dimensions couvrant toutes les parties d'un lieu.
Depuis 1993, Ai Weiwei s’est fait connaître par ses performances, ses réalisations architecturales, ses photographies, ses activités militantes notamment à travers son blog. C'est aujourd'hui un acteur incontournable de l'art contemporain, difficilement classable dans le champ des pratiques artistiques puisqu'il s'implique dans tout !
Son champ d'action est mondial. Il travaille dans tous les pays en épousant souvent des causes humanitaires locales notamment autour des réfugiés.
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Matthew Barney


L’une des figures les plus importantes de l’art contemporain, Matthew Barney (né en 1967) s’est fait connaître du public le plus large par son cycle de cinq films Cremaster où il apparaît métamorphosé sous différentes formes animales et humaines et crée un monde onrique et baroque stupéfiant. Son œuvre démesurée et monumentale interroge les problématiques de genre, les cyborgs, l’humanité mutante.

Joueur de football américain accompli dans son lycée de l’Idaho, il découvre l’art et les musées lors de visites à sa mère divorcée à New York.

Après avoir étudié la médecine, Matthew Barney suit l'enseignement artistique de l’Université de Yale à New Haven dans le Connecticut.

Ses premières oeuvres s'inscrivent dans le droit-fil du body art. En 1991, il transforme la Galerie Barbara Gladstone de New York en salle de musculation pour une performance où il se soumet à de rudes épreuves d’endurance physique. Matthew Barney fait appel à l'installation, au dessin, à la photographie, à la performance et à la vidéo. Ses installations et ses performances filmées révèlent un univers personnel, constitué de personnages, de lieux et d’objets hybrides. "The Cremaster Cycle" 1995-2002

Dans "The Cremaster Cycle" Matthew Barney, met en scène des êtres hybrides, un corps fictif, aux prises avec des forces obscures. Projet particulièrement ambitieux, au croisement du cinéma, de la performance et de la sculpture, "The Cremaster Cycle" relève du concept d’oeuvre d’art totale. Il s’agit d’un cycle cinématographique, d’une suite épique de cinq films, tous entièrement conçus, écrits et réalisés par Matthew Barney lui-même, qui y interprète d’ailleurs plusieurs rôles. Les thèmes de l’identité sexuelle et de l’athlétisme sont au coeur du travail de l’artiste.
Fiction mythologique sans véritable récit linéaire, fresque baroque et fantasmatique, il s'agit d'une des oeuvres les plus singulières de l'art contemporain.
Pour la création des cinq films, d’une durée totale de sept heures, Matthew Barney s’est inspiré de différents mécanismes biologiques, dont le mouvement d’ascension provoqué par la contraction du muscle crémaster (muscle qui soulève ou abaisse les testicules selon les niveaux de températures ou d’inquiétudes) qui agit comme métaphore centrale de l’oeuvre globale. Il y développe une iconographie aux références multiples qui s’élabore dans l’espace et dans le temps. Chacun des films foisonne de symboles et d’actions qui suggèrent la reproduction sexuelle. Chacun est identifié par un blason et une couleur et se distingue par le genre auquel il se réfère. Ils sont aussi imprégnés des lieux, de l’histoire et de la culture locale de la ville où ils ont été tournés : l’Île de Man, les lacs salés de Bonneville dans l’Utah, la ville de Budapest, etc. L’imaginaire de Matthew Barney conjugue mythologie et athlétisme, cinéma hollywodien et art de la magie, opéra baroque et musique hardcore.
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