Lycée Louis Feuillade

Arts plastiques & Cinéma audiovisuel

"Les machines à dessiner"

Sommaire :
1- Le dessin du XV ème au XIX ème / 2 - Les diversités de l'art moderne / 3 - Le dessin dans l'art contemporain
4 / 5 / 6 / 7 (à venir)

1 - Le dessin du XV au XIX

Tout le monde dessine. C’est une activité spontanée que pratique volontiers les enfants. Une fois adulte c’est une pratique moins courante sauf pour ceux qui la prolonge au-delà du gribouillis dans des activités techniques et artistiques.

Historiquement le dessin a eu plusieurs fonctions  :
  • Les projets artistiques en peinture et en sculpture comme les croquis et dessins préparatoires, les recherches sur les sujets, l’organisation des formes et la composition (voir ci-contre le film sur Michel-Ange).
  • Les études automnes : paysages, sujets animés, observation, etc.
  • Les copies d’œuvres anciennes notamment des œuvres antiques.
  • Les dessins d’échantillonnages, de motifs iconographiques, d’éléments de décors, etc.
  • Les dessins techniques d’objets, d’architecture et d’anatomie du corps humain.

Peu à peu le statut d’artiste va apparaître pour se distinguer de celui de l’artisan. Au premier correspondra le plus souvent le dessin d’art et au second ce sera le dessin technique. Cela correspondait à l’idée que l’on se faisait de l’art qui s’adresse à l’esprit dans sa quête notamment de la beauté par opposition à la création artisanale, aussi appréciable soit-elle, qui concernait surtout les monde matériel des objets utilitaires.

Page du catalogue de la Samaritaire au 19 ème

Page du catalogue de la Samaritaire au 19 ème

A l’époque de la révolution industrielle au 19ème le dessin (par la gravure) était devenu un moyen de communication incontournable : catalogues d’objets et de manufactures, illustrations scientifiques, de constructions, pièces mécaniques, bijoux, etc.
L’invention de la photographie va peu à peu se substituer dans de nombreux domaines à ces ressources graphiques.
Observation et expression

Le dessin est une activité rapide et aisément praticable dans toutes sortes de situations. C'est aussi le meilleur moyen pour garder des traces d’observation d'un sujet fixe ou animé. Dans ce domaine Léonard de Vinci (1452-1519) a eu une activité graphique abondante. Ses observations traduites en croquis ou dessin ont concerné un grand nombre d'activités humaines de son temps : phénomènes naturels, anatomie, zoologie, botanique, mécanique, armes, machines, botanique, etc., et évidemment cela a concerné le monde de l’art : peinture, sculpture et architecture.
C’est pour ses trois domaines qu’il va produire de nombreuses études de sujets et notamment de perspectives (fig 3). Comme tous ses contemporains « modernes » - exemple : Piero della Francesca, Albrecht Dürer, Andrea Palladio (fig 4), etc, il va produire de nombreuses études perspectives. L’observation de l’espace conjuguée aux mathématiques va être l’une des caractéristiques fondamentales de la Renaissance. Cela va se traduire pour chaque peintre, sculpteur ou architecte par le recours incontournable aux croquis et aux dessins afin de pouvoir mettre en place des situations et des espaces complexes « vraisemblables ». L’intention n’est pas de reproduire un monde tel qu’il est vu mais tel qu’il devrait être perçu et compris.

Léonard de Vinci - Etude de perspective à l

Fig 3 - Léonard de Vinci - Etude de perspective à l'adoration des mages -1481 - Pointe de métal, plume et encre brune, lavis brun, rehauts de blanc sur papier préparé crème

Andrea Palladio (1508-1580) Villa Rotonda (1560-1570) - Crayon sur papier avec effet illusionniste  de tissu

Fig 4 - Andrea Palladio (1508-1580) Villa Rotonda (1560-1570) - Crayon sur papier avec effet illusionniste de tissu

Albrecht Dürer, étude préparatoire du polyèdre pour Melencolia I, carnet de croquis de Dresden, 1514

Fig 4 - Albrecht Dürer, étude préparatoire du polyèdre pour Melencolia I, carnet de croquis de Dresden, 1514


Les dessins d'observation, d'étude, etc. ont longtemps été placés en amont de la création finale. Même si leur valeur esthétique n'a jamais été sous-estimée (fig 4), leur reconnaissance comme oeuvre à part entière dotée d'une valeur expressive propre à leur domaine a surtout été admise à partir du XVIII siècle.

Eugène Delacroix (1798-1863) a longuement pratiqué le dessin pour toutes sortes d'occasions en lui accordant une place fondamentale pour ses valeurs expressives intrinsèques en le conjuguant à la pratique picturale:

"L'idée première, le croquis, qui est en quelque sorte l'oeuf ou l'embryon de l'idée, est loin ordinairement d'être complet; il contient tout, si l'on veut, mais il faut dégager ce tout. En peinture, une belle indication, un croquis d'un grand sentiment, peuvent égaler les productions les plus achevées pour l'expression. Il faudrait faire ainsi des tableaux esquisses qui auraient la liberté et la franchise du croquis"
Eugène Delacroix


La danse du trait

Dans le croquis, cette force expressive vient de la manière d’utiliser l’outil et de gérer les vides, les pleins et les valeurs. La dextérité (adresse de la main) permet à l’artiste des exécutions rapides et des choix économes (fig 2, 5 et 7). Il va à l’essentiel en laissant les parties moins importantes du sujet à peine esquissées. Après avoir placé quelques légers traits de situation parfois à peine visibles, Il déploie de nouveaux traits avec plus ou moins d’appuis. La gestuelle est déterminante, elle donne la force expressive du trait. Lorsque l’artiste prolonge son travail graphique, d’autres types de traits apparaissent plus courts, plus ordonnés (traits parallèles ou croisés comme pour la gravure). D’un artiste à l’autre, d’un siècle à l’autre, les croquis et les dessins semblent apparentés à une même danse graphique.
De nos jours encore, alors que les démarches et les outils contemporains ont enrichi la pratique du dessin, on retrouve cette approche du dessin encore dans des apprentissages.

« Le dessin arabesque est le plus spiritualiste des dessins » Charles Baudelaire

Le lavis

La technique du lavis (voir le lexique) est associée au dessin. Le lavis est obtenu avec de l'encre plus ou moins diluée appliquée au pinceau. Le lavis est généralement utilisé en association avec des dessins à la plume (fig 8). Les effets qu'on en tire sont variés. Parfois, on choisit simplement de renforcer légèrement les ombres, d'autres fois le pinceau ajoute des détails dans les parties sombres. Le lavis peut aussi apporter au dessin de nouvelles qualités lumineuses (fig 12). Cette technique était répandue chez les peintres classiques pour leurs études préparatoires (fig 10).
Claude Gellée, dit le Lorrain - Vue du Tibre près de la Torre di Quinto 1640-1645 Plume et encre brune, lavis brun

Fig 12 - Claude Gellée, dit le Lorrain - Vue du Tibre près de la Torre di Quinto 1640-1645 Plume et encre brune, lavis brun

L’estompage (rendre moins intense) de certaines parties du sujet est très récurrente dans le dessin de paysage. Cela concerne notamment les lointains que les peintres classiques savaient traiter grâce à leurs connaissances de la perspective aérienne

L’intime

Mais de nombreux artistes, comme Rembrandt, utilisaient par ailleurs le dessin pour réaliser ce que Delacroix nommait « les prières quotidiennes » : ce qui est dit dans les dessins et les croquis ne s’adresse à personne, qu’à soi-même.
On retrouve cet univers personnel dans les carnets de voyage, comme ceux de Delacroix (fig 11), où se côtoient des croquis rapides, des dessins aboutis ou embryonnaires, des lavis colorés et monochromes, etc.
Lexique :

Histoire du mot dessin :
A l'origine il y a le mot "dessein" qui évoque un projet ou une intention. Vers 1750, il évolue dans le champ de l'art vers le mot "dessin" pour signifier plus directement la mise en forme..

Croquis :
Dessin à vue, en quelques traits, au crayon ou à l'encre, saisie rapide et spontanée d'une forme observée. En dessin technique, tracé approximatif d'une forme, d'un objet, premier jet à la main qui en fixe l'idée.

Dessin :
Technique et art de représenter un objet, une essence, un concept, une pensée, sur une surface plane, à l'aide d'un crayon, de la plume, du pinceau, de la pointe, en utilisant la ligne comme élément de langage avec, éventuellement, des valeurs et des couleurs pour marquer le modeler, les volumes et les accents.
Le dessin est une oeuvre autonome ou une étape préparatoire à une réalisation plastique.
Autres termes pour évoquer le croquis et le dessin : ébauche, esquisse, épure, étude, schéma

Bistre :
Le bistre est une couleur brunâtre originellement obtenue par un mélange de suie et d'eau.

Lavis :
Le lavis est une technique picturale consistant à n'utiliser qu'une seule couleur (à l'aquarelle ou à l'encre de Chine) qui sera diluée pour obtenir différentes intensités de couleur

Gravure :
Art et manière ou action de graver. Motif exécuté par incision sur un support quelconque.
Image, estampe obtenue par impression, après encrage, d'une matrice ou d'une planche gravée.

Lithographie :
Procédé de reproduction qui consiste à imprimer sur papier à l'aide d'une presse, un écrit, un dessin, tracé à l'encre grasse, au crayon gras sur une pierre calcaire.

Fusain :
Bâtonnet à dessin de dureté graduée, d'un noir mat velouté caractéristique, obtenu à partir d'un charbon de bois taillé ou moulé.

Sanguine :
Crayon fait avec de la sanguine (hématite mélangée à du kaolin), d'un rouge brique. Proche du fusain, son pouvoir dans le rendu des carnations (coloration des chairs), des volumes et des ombres ont fait de cet outil traditionnel un instrument poissé pour l’étude du nu et du portrait.

Plume :
Instrument terminé en pointe, qui sert à écrire et à dessiner avec de l'encre. La plume végétale, la plume d'oiseau, la plume de métal donnent, selon l'instrument et sa conduite, des traits plus ou moins épais, secs ou nerveux, pleins ou dliés, plus ou moins épais ou minces qui se corrigent par grattage, reprise ou surcharge.

Extrait d'un film diffusé sur ARTE sur le dessin chez Michel-Ange

Eugène Delacroix 1798-1863- Croquis étude de nu - Plume

Fig 1 - Eugène Delacroix 1798-1863- Croquis étude de nu - Plume

Stacks Image 12

Fig 2 - Rembrandt - 1606-1669 - L'adoration des mages vers 1657 - Plume d'oie et bistre

Stacks Image 104

Fig 5 - Eugène Delacroix 1798-1863- Croquis Etude pour la liberté guidant le peuple - mine de plomb

Eugène Delacroix 1798-1863- Croquis paysage boisé - Plume et lavis

Fig 6 - Eugène Delacroix 1798-1863- Croquis paysage boisé - Plume et lavis

Eugène Delacroix 1798-1863- Croquis études de cavaliers - Plume

Fig 7 - Eugène Delacroix 1798-1863- Croquis études de cavaliers - Plume

Rembrandt - 1606-1669 - Canal à Amersfoort vers 1647-48 - Plume et lavis de bistre

Fig 8 - Rembrandt - 1606-1669 - Canal à Amersfoort vers 1647-48 - Plume et lavis de bistre

Eugène Delacroix 1798-1863- Croquis paysage - lavis

Fig 9 - Eugène Delacroix 1798-1863 - Croquis paysage - lavis

Rembrandt - 1606-1669 - Sainte famille vers 1640-42 - Plume, lavis de bistre et encre de chine

Fig 10 - Rembrandt - 1606-1669 - Sainte famille vers 1640-42 - Plume, lavis de bistre et encre de chine

Eugène Delacroix 1798-1863 - Extrait carnet de voyage au Maroc 1832

Fig 11 - Eugène Delacroix 1798-1863 - Extrait carnet de voyage au Maroc 1832

Pour aller plus loin sur les carnets de voyage, voir sur internet le film réalisé par le Musée du Louvre sur le voyage de Delacroix au Maroc